Essai - M o Sion

Sortant de l’orée du bois de Zévieux, Elise et Louane courent au rythme d’une comptine et fauchent, dans leur course, les hautes herbacées de la couleur de leurs cheveux. A leur passage, les graminées parsemées de fleurs des champs se couchent et se redressent comme au passage d’une bourrasque, créant une ondulation Vangoghienne.
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Le chardon marie, pour protéger ces doux vélins*, cache son feuillage épineux tout en hissant haut, le bleu de sa tête. Le rouge coquelicot s’enorgueillie de luire en pleine lumière. Dame passiflore exalte son parfum subtile à rendre jalouse sa voisine jasminoïde ou ce vieux pittosporum, compagnon printanier aux senteurs orangées.
Un merle surpris dans son assoupissement, perd quelques plumes dans un envol improvisé. Au loin, un parent lui assène quelques conseils sur la pondération au milieu d’une faune bavarde et critique.
La chaleur de cette journée, au goût de tarte à la fraise et de noyau de cerises, s’estompe avec l’affaiblissement des picotements du dieu soleil sur mes chevilles.
Au bord de la piscine, les goutes d'eau chlorées s'écoulent comme une caresse et s’évaporent sur ma peau frissonante comme des bulles carboniques s’échappant d’une bouteille d’eau de Seltz. Mes doigts tournent les pages d’un roman comme on effleurerait la toison d’or ; entre enthousiasme et pyrrhonisme**.
Là, à l’ombre d’un parasol et au son de l'eau qui s'écoule, j’essaye, pour ne rien regretter, de jouir égoïstement de ces moments d'exaltation rythmant le passage du temps ; du moins, de celui qui me reste. La rétine marquée de cette empreinte colorée, je tente de peindre dans ma mémoire cette fresque sans penser à vous, à eux, à Sion, à tous ces sujets qui d’ordinaire m’accablent, me meuvent, m'emeuvent, souvent me passionnent et parfois me rongent.


* parchemin en peau de veau
** scepticisme - doute à rapprocher de l'histoire de la toison d'or